À l’école secondaire Monique-Proulx de Warwick, l’interdiction du cellulaire a donné naissance à une culture du jeu, de la créativité et de la socialisation.
Depuis trois ans, le secteur Db de l’École secondaire Monique-Proulx s’est démarqué en interdisant les téléphones cellulaires bien avant la récente directive nationale. Plutôt que de laisser les élèves à l’ennui, l’établissement a choisi de multiplier les initiatives afin de stimuler la créativité et favoriser les rencontres.
Après l’ouverture d’une salle de spectacle en 2018, d’un lab créatif en informatique en 2020, puis la fondation d’un club ludique et d’un club d’échecs en 2021, l’école franchit une nouvelle étape : l’arrivée de huit plateaux d’échecs flambant neufs, livrés grâce à une collaboration entre l’organisme Destination Jeunesse et l’ébénisterie en insertion socioprofessionnelle PRISE.
L’idée est née de l’enseignant Louis-Philippe Ferron, qui a rassemblé les partenaires afin d’équiper les jeunes passionnés de stratégie. « Les jeux de société et les échecs ont cet effet magique de rassembler les jeunes autour d’une table et de diminuer leur anxiété sociale. Depuis le début de nos activités, je suis ébahi de voir des jeunes de tous les styles et de toutes les provenances, mettre de côté leurs différences afin de partager leur intérêt pour le jeu. Je suis reconnaissant du soutien du Centre de services scolaire des Bois-Francs et des directions de Monique-Proulx qui ont cru en nous », souligne-t-il.
Il ajoute : «Le résultat est absolument spectaculaire ! Les plateaux sont magnifiques, de bois massif, élégants et durables. Nos passionnés d’échecs sont aux anges ! Je souhaite ardemment que d’autres écoles emboitent le pas et s’inspirent de notre collaboration.»
Tous les midis, les locaux du secteur Db ouvrent leurs portes aux élèves. Ceux-ci peuvent y apporter leur repas, profiter de fours à micro-ondes, et surtout jouer dans un environnement calme, à l’écart de l’effervescence des autres espaces de l’école. Des animateurs de 4e et 5e secondaire assurent le prêt de matériel, rassemblent les visiteurs et expliquent les règles de la collection de jeux, enrichie au fil des années grâce à différents partenaires financiers. Trois enseignants — Étienne Bergeron, Louis-Philippe Ferron et Hélène Lussier — veillent pour leur part à ce que les lieux demeurent accessibles et sécuritaires.
Le club ludique, de son côté, a été mandaté pour présenter chaque mois un nouveau jeu de société à l’ensemble de l’école. Une façon concrète d’offrir des alternatives à l’isolement et à la solitude parfois ressentis depuis l’interdiction des cellulaires.
Les projets se croisent également : les élèves du lab créatif auront bientôt la responsabilité de modéliser les pièces de jeu d’échecs à l’aide de logiciels 3D, avant de les produire avec les imprimantes 3D de l’école. Une manière ingénieuse de lier les talents et les intérêts à travers différents projets du secteur Db.
Pour Guylaine St-Hilaire, conseillère en développement professionnel chez Destination Carrefour Jeunesse, ce projet incarne parfaitement leur mission : « Grâce au Créneau Carrefour jeunesse, le CJE Destination Carrefour peut accompagner les élèves dans la concrétisation de leurs idées et démontrer qu’avec un coup de pouce, leurs rêves peuvent devenir réalité. J’ai eu la chance de rencontrer des jeunes passionnés d’échecs, motivés à partager leur passion au sein de leur école, et c’est un privilège de les soutenir dans la mise en place de leur club.»
L’organisme PRISE, une ébénisterie locale d’insertion socioprofessionnelle, a également mis la main à la pâte — ou plutôt au bois. « Ce fut un plaisir pour PRISE de collaborer avec l’école Monique-Proulx de Warwick pour la fabrication de huit jeux d’échecs en bois franc, réalisés à partir d’érable et de noyer issus de l’économie circulaire. Ces jeux ont été conçus par notre équipe d’employés en insertion socioprofessionnelle, accompagnés de nos formateurs», explique Meggie Dufour, directrice des ventes.
Elle ajoute : « L’idée nous a tout de suite emballés : créer des jeux durables qui traverseront les années, tout en favorisant le développement et le plaisir des jeunes passionnés d’échecs. Chez PRISE, nous cherchons constamment des projets qui permettent à nos employés en insertion de mettre leurs compétences en valeur, tout en contribuant positivement à notre communauté. Nous saluons l’initiative de l’école, qui a choisi de s’associer à une entreprise d’économie sociale pour concrétiser ce beau projet. Nous espérons que cette collaboration inspirera d’autres établissements à penser à PRISE. »
Ce projet s’inscrit dans une longue série d’initiatives qui n’auraient pas vu le jour sans l’appui des directions successives de l’établissement — Marquis Bradette, Josée Hamel et le directeur actuel, Guy Martel. D’ailleurs, la prochaine étape est déjà annoncée : la création d’un club de petite mécanique prévue pour octobre 2025.
Plus largement, l’école cherche à multiplier les moyens de raccrocher les garçons à l’école. Comme pour les équipes sportives ou l’inauguration récente de la salle d’entraînement, il s’agit de créer des démarches stimulantes qui permettent aux jeunes de développer leur potentiel — un potentiel réel mais trop souvent sous-estimé dans le système actuel.
En se greffant aux initiatives déjà en marche à l’École secondaire Monique-Proulx, ce projet trace les contours d’une stratégie claire : « Jouer aux échecs, question de les contrer ».